Le merveilleux revisité

La Belle et la Bête est un film fantastique, réalisé par Jean Cocteau, sorti sur les écrans à Paris le 29 octobre 1946. Pour trouver l’inspiration, Cocteau a relu beaucoup de contes jusqu’à ce qu’il tombe sur celui de Madame Leprince de Beaumont et qu’il décide de l’adapter au cinéma.
C’est l’histoire d’une famille très pauvre. Le père de famille est un ancien marchand qui a trois filles : Adelaïde, Félicie et Belle. Un jour que Belle lui demande une rose, il se perd dans la forêt. Le marchand se retrouve alors dans une grande demeure qui appartient à la Bête et il a le malheur de prendre une rose qui appartient au domaine de celui-ci. Surpris par la Bête, le marchand aura la vie sauve à condition qu’une de ses filles décide de mourir à sa place.
Jean Cocteau a adapté au cinéma le conte de Mme Leprince de Beaumont, mais le film est quand même très différent du texte. Son film devient presque un film fantastique tout en conservant la part de merveilleux propre au conte : la demeure de la Bête, par exemple, est horrible et terrifiante (ce qui nous rappelle le fantastique), les chandelles sont tenues par des mains humaines et s’allument toutes seules à l’arrivée du père dans la demeure de la Bête, ce qui nous rappelle le conte de Madame .Leprince de Beaumont, car elle précise qu’à l’arrivée du père dans la demeure de le Bête les lumières s’allument toutes seules. Comme dans le conte, il y a le changement de climat et le cheval magique nommé le Magnifique qui rappellent le merveilleux. Jean Cocteau mélange les sensations avec la magie du merveilleux puis la peur et le bizarre du fantastique. Lorsque le marchand s’apprête à manger, plusieurs faits surnaturels surviennent autour de lui (une main sort de dessous la table pour le servir, les statues le regardent…). Grâce à ses expressions, on arrive à lire la peur sur son visage, mais on arrive à la lire aussi grâce à la caméra qui le filme d’assez près. Le personnage a peur alors que dans le conte de Madame Leprince de Beaumont, il est plutôt ravi. Son sursaut de frayeur face aux éléments du surnaturel est au ralentit et l’on n’entend pas le bruit de la chaise on croirait qu’elle n’existe pas, cela nous mènent dans un monde fantastique. La caméra nous montre les éléments surnaturel mais en même temps on entend du bruit qui vient d’un autre endroit .Le sons est donc hors champs.
Jean Cocteau réussit à nous effrayer, par exemple au moment où le père est perdu dans la forêt, le réalisateur essaie de nous faire peur grâce au décor (arbres cassés, faible luminosité, brouillard, bruit de vent et d’orage) mais aussi grâce à la musique qui est sombre et effrayante. Elle est jouée par des violons et des grosses caisses. Il s’inspire aussi d’autres contes, par exemple les arbres et les ronces qui s’ouvrent pour laisser un passage au marchand font penser au conte de « La Belle au bois dormant ». A la différence de Madame Leprince de Beaumont, Jean Cocteau humanise objets, mobilier et créatures. Il donne vie à ce qui est désincarné.
J’ai remarqué qu’au moment où Belle revient dans la demeure de la Bête, elle ressemble à un ange et quand elle marche, l’effet nous fait croire qu’elle flotte dans les airs et le film se met soudain au ralenti. Les rideaux volent à cause du vent, mais cela aussi donne un aspect merveilleux au château. Les portes s’ouvrent toutes seules et parle, ainsi que le miroir qui montre des choses merveilleuses et bizarres (un ouistiti pour Félicie, une personne hideuse pour Adelaïde et le marchand pour Belle)
J’ai aussi beaucoup aimé le changement de décor entre la petite chaumière où vit la famille du marchand et la grande demeure sombre de la bête.
Ce film est très différent des films que j’ai l’habitude de voir : il est riche en émotions, magique, merveilleux et terrifiant parfois.